Jusqu'à cet été, Domly s'arrêtait au billet. Un locataire textait que l'évier de cuisine refoulait, Lucie posait les bonnes questions, obtenait une photo et vous remettait un résumé clair. Ensuite vous déposiez le téléphone et vous faisiez le vrai travail vous-même : retrouver le numéro du plombier, réexpliquer le problème au complet, renvoyer la photo que le locataire avait déjà envoyée, attendre, relancer, puis recommencer au complet pour une deuxième soumission. On avait automatisé la partie fatigante et laissé la partie lente.
On a donc bâti la suite. Vous gardez un répertoire des corps de métier que vous utilisez vraiment. Votre plombier, votre électricien, l'homme à tout faire qui a la clé de la salle mécanique, avec vos propres notes. Quand un billet en demande un, vous cliquez sur Demander une soumission. Lucie lui écrit, décrit la job, transfère la photo du locataire, demande un prix et ses disponibilités, et relance une fois si personne ne répond. Chaque message est enregistré et lisible. Ce qu'elle ne peut pas faire, en aucune circonstance, c'est accepter le prix.
Cette dernière phrase, c'est tout le produit. Une assistante qui texte vos entrepreneurs, c'est pratique. Une assistante qui peut vous engager pour une réparation de 4 000 $, vous auriez raison de refuser de l'installer. Le design évident, c'est un seuil : qu'elle approuve tout ce qui est en bas de cinquante dollars et qu'elle escalade le reste. On l'a bâti, puis on l'a retiré volontairement, parce qu'un seuil c'est un chiffre que quelqu'un devra défendre la première fois qu'un appel de service de 49 $ se transforme en facture de 4 900 $. Il n'existe aucun montant en bas duquel on accepte de payer un entrepreneur à votre place. Approuver, c'est un bouton, et vous seul pouvez appuyer dessus.
Rendre ça vrai a demandé plus que de demander au modèle de bien se tenir. Une consigne dans un prompt, c'est une demande, pas une garantie. Alors chaque message que Lucie écrit à un entrepreneur est relu par du code ordinaire avant d'être envoyé. Quelques centaines de lignes qui cherchent un accord en anglais comme en français, y compris les tournures québécoises qu'un plombier utilise pour vrai. S'il en trouve, le message est remplacé par une réponse d'attente du genre je confirme avec le propriétaire et je vous reviens, et on vous avertit que c'est arrivé. En dessous, le message qui accepte une soumission ne peut même pas être rédigé tant qu'une ligne dans notre base de données ne dit pas que vous avez approuvé ce montant précis. Deux contrôles indépendants, dont aucun ne fait confiance à l'IA pour se surveiller elle-même. On est franc sur la limite : ça protège contre un modèle qui se trompe, pas contre un modèle qui cacherait délibérément ce qu'il fait. Rien à ce niveau-là ne le pourrait.
Reste le côté de l'entrepreneur, et c'est là que la loi canadienne cesse d'être une abstraction. Texter une entreprise au nom de quelqu'un, c'est un message électronique commercial au sens de la LCAP, donc le consentement n'est pas optionnel. Quand vous ajoutez un entrepreneur, vous confirmez que vous avez déjà une relation d'affaires avec lui, c'est-à-dire que vous l'avez engagé ou qu'il vous a fait une soumission, parce que c'est ce que la LCAP reconnaît comme consentement tacite. Lucie s'identifie comme une assistante et répond honnêtement si on lui demande si elle est une machine. Si un entrepreneur répond STOP, sous n'importe laquelle des formes que le monde tape vraiment, c'est permanent et immédiat : ses conversations se ferment, les liens vers les photos qu'on lui a envoyées sont révoqués, et il n'y a aucun bouton nulle part dans le produit pour annuler ça. Le rajouter veut dire lui redemander la permission, et c'est exactement l'idée. On relance aussi une seule fois par job, à vie. Un système qui texte les petites entreprises jusqu'à ce qu'elles répondent, c'est comme ça qu'un numéro se fait signaler, et on le mériterait.
Le Québec ajoute sa propre paperasse, et on a décidé de la lire à votre place. Les fiches d'entrepreneur contiennent un numéro de licence RBQ, un numéro de TPS et un numéro de TVQ, tous facultatifs, parce que personne qui ajoute un plombier à partir d'une carte d'affaires ne les sait par cœur. Téléversez une soumission ou une facture et on les lit dessus pour remplir ce qui est encore vide. Ce qu'on ne fera pas, c'est écraser ce qui est déjà là. Si le document contredit le numéro au dossier, on vous montre les deux valeurs et on ne change rien, parce qu'un numéro de taxe remplacé en silence parce qu'un PDF numérisé n'était pas d'accord, c'est le genre d'erreur que personne ne remarque avant qu'une facture soit fausse. La machine propose. Vous disposez. Cette règle-là revient partout dans cette fonctionnalité une fois qu'on commence à la chercher.
Ce qu'on n'avait pas prévu, c'est à quel point ça change les choses pour le locataire. La plus grande part de la frustration dans une réparation, ce n'est pas la réparation. C'est le silence au milieu, les jours entre le signalement d'une fuite et la première nouvelle, quand le locataire n'a aucune idée si quelqu'un fait quelque chose. Ce silence-là, c'est rarement de l'indifférence. C'est un propriétaire qui a un emploi à temps plein et qui n'a pas eu une heure de libre pour faire trois appels. Réduire ce délai de quelques jours à quelques heures ne fait pas juste réparer l'évier plus vite. Ça enlève la partie du processus qui fait qu'un locataire raisonnable commence à se sentir ignoré, et ça coûte pas mal moins cher que la bonne volonté qu'on dépense à réparer une relation une fois qu'elle est abîmée. Au Québec, vous devez à votre locataire un logement en bon état d'habitabilité et la jouissance paisible des lieux. Répondre plus vite, ce n'est pas un extra sympathique : c'est l'obligation, remplie plus tôt.
Il y a des choses qu'on n'a pas réglées, et on préfère le dire plutôt que vous laisser le découvrir. Notre lecture des soumissions a été testée sur des exemples qu'on a écrits nous-mêmes, ce qui veut dire qu'elle gère les cas qu'on avait anticipés et qu'elle nous apprend peu de choses sur la vraie réponse d'un entrepreneur tapée d'une main depuis son truck. Les photos transférées à un entrepreneur transportent encore les données de localisation que le téléphone du locataire y a attachées, et les retirer est sur la liste. Et chaque conversation passe encore par votre approbation, ce qui veut dire que ça vous sauve les vingt minutes de relance, pas les trente secondes de décision. On pense que c'est le bon partage. Le jour où ça vous semblera une limite, ce sera le jour de vous méfier de quiconque vous offrira de l'enlever.
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